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Le 15 juillet 2012, les pays des Grands Lacs africains ont adopté le principe de l’envoi d’une force internationale commune au Kivu. Cette décision marque un tournant dans l’histoire agitée de cette région.

Une dimension régionale

Réunis en sommet extraordinaire à Addis Abeba, les 11 Chefs d’Etats et de Gouvernement de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs    (CIRGL) viennent de confirmer la dimension régionale de la question du Kivu. En effet, la déstabilisation de cette région a des conséquences qui dépassent largement les frontières de la RDC. C’est pourquoi l’Angola, le Burundi, la Centrafrique, le Congo, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda, le Soudan, la Tanzanie et la Zambie ont souhaité se joindre à cette initiative.

Avec une taille qui représente quatre fois la Belgique, la région du Kivu est composée des deux Provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu. C’est une zone très excentrée à l’est de la RDC, avec un relief montagneux qui rend son accès difficile. Elle est contigüe avec 3 pays : l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi. Ces caractéristiques géographiques ont fait du Kivu un creuset pour de nombreuses forces déstabilisantes venues des pays voisins.

Une crise endémique

En effet, cette région a été particulièrement atteinte lorsque le Génocide du Rwanda en 1994 a provoqué l’afflux de plus d’un  million de réfugiés avec parmi eux, les FDLR, des criminels génocidaires en fuite. Par la suite, la présence sporadique de rebelles Ougandais affiliés au LRA a ajouté à la crise endémique. Depuis le milieu des années 90, la région connait des épisodes de violence qui ont conduit à une véritable guerre entre 1998 et 2002.

Le Kivu est aujourd’hui le terrain d’affrontements de milices maffieuses, de factions locales et de groupes rebelles qui se disputent les richesses et l’allégeance des populations. Ces dernières semaines, l’action du M23 ‑ un mouvement  de soldats mutins appuyé par le Rwanda  ‑ a ajouté à la confusion. On observe ainsi une flambée de violence avec des conséquences désastreuses pour la population locale. Environ 100 000 réfugiés Congolais ont franchi les frontières en  3 mois.

Des réponses inappropriées

Objectivement, ces forces négatives sont dispersées, antagonistes et peu nombreuses. Il est difficile de chiffrer le nombre de combattants impliqués mais on estime à  environ 1000 les FDLR, quelques centaines les LRA et 200 les hommes le M23. C’est en fait leur mobilité, leur armement lourd, leur immersion au milieu de la population et le soutien externe par les frontières qui fait leur force.

Face à cette résistance, les Casques Bleus de l’ONU sont impuissants : leur mandat ne couvre pas des actions de contre-guérilla.  En pleine restructuration, Les FARDC font face à cette nébuleuse obscure. De plus, les incursions clandestines menées par les pays voisins pour éliminer ou soutenir certains groupes ont fortement contribué à la dégradation de la situation. Elles provoquent régulièrement des cycles de rétorsion et une surenchère de violence contre la population civile qui est en première ligne. C’est notamment pour cette raison que les opérations militaires conjointes engagées avec le Rwanda depuis 2009 n’ont pas eu les résultats attendus.

Vers une force commune

 La DRC veut donc mettre un terme à cette situation de déstabilisation en grande partie importée de l’extérieur. L’initiative de la CIRGL répond à son appel lancé à la communauté internationale. Elle prévoit une action militaire immédiate avec la mise en place d’une force internationale neutre. Son mandat sera clair. D’une part, il s’agit d’éradiquer le M23, les FDLR et les forces négatives présentes dans la région. D’autre part, il s’agit d’assurer le contrôle et la sécurisation des zones frontalières.

A l’évidence, on vient de franchir une nouvelle étape avec cette volonté des Etats partenaires de prendre leurs responsabilités. La monté en puissance d’une capacité d’intervention commune va s’effectuer dans les meilleures conditions. Les opérations seront menées en toute transparence et dans le respect de la souveraineté congolaise.

Très prochainement, une série d’actions va être lancée. Les Chefs d’Etat de la CIRGL réunis à Kampala en ce moment doivent préciser les contours de cette future force (mandat, format, commandement). Ils doivent aussi prévoir son articulation avec la présence des 16 000 Casques Bleus en RDC. La mobilisation des ressources nécessaires à une montée en puissance devrait intervenir rapidement : un groupe de 6 experts indépendants va préparer un rapport de situation afin de mieux évaluer les besoins.

Cette mobilisation donc fait renaitre l’espoir au Kivu. C’est l’effort de chacun et la solidarité de tous qui peuvent restaurer la paix, la sécurité et la stabilité de la région